princesse

Si loin du Soleil (La Dernière Geste, tome 1) de Morgan of Glencoe

Bonjour mes petits boulets !

Alors, comment vous allez ? Bien ? Moi ça va moyen. La santé n'est pas au top, le bruit dans ce pays est infernal et il faut ajouter que, depuis un mois, des travaux à l'étage au-dessus me vrillent les tympans pour mon plus grand déplaisir. Pourquoi est-ce que je vous raconte ma vie passionnante, tout simplement pour que vous preniez conscience que ce billet, cet avis que je vais émettre sur ce roman de fantasy, est extrêmement personnel et doit être pris comme tel. 

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Vous pouvez vous procurer l'ouvrage ici pour 2€99 et vous en aurez largement pour votre argent pingres que vous êtes !

Je vous donne le résumé que vous trouverez sur Amazon :

" Depuis des siècles, les Humains traitent les fées, créatures magiques dont ils redoutent les pouvoirs, comme des animaux dangereux.
L’alliance du Royaume de France, de l’Empire du Japon et du Sultanat Ottoman se partage désormais l’Europe, l’Asie et l’Afrique. Ces féroces aristocraties oppriment leurs peuples et écrasent dans le sang toute révolte, qu’elle soit humaine ou féerique.
En choisissant les dangers de la liberté plutôt que la soumission aux règles de sa caste, la princesse Nekohaima Yuri va se forger ses propres valeurs et bientôt, mettra en péril la plus grande puissance du monde.
Au cœur de cette métamorphose, une amitié très improbable…"

Sur la forme pas grand chose à dire, il reste bien quelques coquilles par-ci, par-là, mais franchement elles ne gâchent pas la lecture. Au niveau du style, Morgan écrit admirablement bien (j'en serais presque jalouse ! Mon premier roman est loin d'être aussi bien écrit et le dernier en date, non plus). Les descriptions sont agréables à lire sans être lourdes. Toutefois, un petit bémol sur les descriptions des tenues. Je comprends parfaitement qu'elles soient nécessaires dans l'environnement de l'aristocratie, à la Cour, mais elles sont beaucoup moins agréables à lire dans les autres environnements. C'est un avis très personnel (il ne sera question que de ça dans ce billet : de ma subjectivité). Je n'ai jamais goûté les descriptions "insistantes" sur l'élégance des vêtements. Il faut dire que j'habite aujourd'hui dans un pays où ça ne dérange personne de se promener en pyjama dans la rue et que j'adore! Ceci explique sûrement cela. La lecture reste fluide, sans accrocs, sauf deux ou trois fois où je me suis arrêtée parce que je me demandais s'il l'auteure n'avait pas fait une erreur. L'explication vient quelques pages plus tard en général. Quand je vais écrire un billet sur un roman, je le lis beaucoup plus attentivement qu'en "mode détente" ce qui fait de moi une lectrice difficile.  

Au niveau du rythme, il n'y a aucun problème. Les personnages sont assez nombreux et l'histoire suffisamment touffue pour ne pas s'ennuyer. On alterne régulièrement les personnages et les environnements.

L'auteure commence par poser son personnage principal, sa psychologie, ses potentialités, la sphère dans laquelle il évolue, sans oublier quelques zones d'ombre afin d'attiser notre curiosité. J'ai eu le sentiment que chaque événement décrit avait sa place dans le récit et n'était en aucun cas du remplissage. Là-dessus, je ne peux que féliciter Morgan qui semble maîtriser parfaitement son scénario. Elle enchaîne ensuite avec un événement dramatique, une attaque, avec laquelle on prend de la distance, sur laquelle on ne se focalise pas, tant l'univers est riche, mais qui revêtira une importance singulière une fois les premiers voiles du mystère levés. Ce premier événement dramatique prend tout son sens si l'on regarde l'oeuvre dans sa globalité ( à mon humble avis). Mais le véritable élément de rupture de ce premier volume est la décision du personnage principal qui préfère la liberté, l'aventure, à la vie qu'elle a mené jusqu'ici. On retombe bien dans la quête initiatique des romans de fantasy (liberté, identité, prise de responsabilités liées à un but plus noble, abnégation et patati et patata...).

Les différents royaumes décrits sont véritablement plaisants et sont surtout suffisamment bien pensés. On s'y croirait et on à plaisir à s'y promener. Le coté guindé de la Cour est superbe, le faste aussi. J'ai adoré la rame 5 de l'Orient-Express. Les égouts sont fantastiques. Quant à Paris, rien ne nous étonne vraiment (j'ai passé de longues et terribles années là-bas). C'est bien ce que l'on peut imaginer de la ville. Chaque univers est indépendant et nettement différentiable. C'est un vrai voyage; comme des touristes, on se laisse émerveiller. Mes félicitations pour ces décors admirables !

En ce qui concerne les personnages, là aussi Morgan s'est bien débrouillée. Ils ont tous leurs caractéristiques propres. Ils sont vivants, en relief, ont une vie en dehors de l'héroïne, bien que leurs destins soient liés au sien. Et heureusement pour moi ! Parce que je dois bien avouer que j'ai eu de grosses difficultés avec ce personnage principal qui ne m'a absolument pas touchée. L'identification a été totalement impossible (sûrement parce que je suis une vieille misanthrope acariâtre). Pourtant, je comprends les choix faits par Morgan pour ce personnage, son évolution, ses réactions, pourquoi à tel moment il réagit comme ci ou comme ça. Il n'y a pas de fausse note ( et le problème réside peut-être ici ). Je pense que pour apprécier réellement ce personnage, il me faudra le volume deux (que je lirai par curiosité). J'ai eu beaucoup plus de facilités avec Trente-Chênes, par exemple. Pour moi, la force de Morgan, en tant qu'auteure, est sa capacité à créer des personnages secondaires intéressants (sans parler des environnements) ! Je ne vais pas tous vous les décrire parce qu'il y en a trop, mais vous comprendrez de quoi je parle à la lecture. 

Après tous ces compliments vous n'allez sûrement pas comprendre pourquoi, finalement, je n'ai pas réellement aimé le roman. Je ne dis pas qu'il est médiocre (je préférerais encore me couper la langue). Il a beaucoup de qualités devant lesquelles je ne peux que m'incliner. Je vous recommande la lecture sans hésitation. Ce n'est pas vraiment que je n'ai pas aimé, mais il soulève beaucoup moins mon enthousiasme que celui des autres lecteurs. Pour expliquer cette réaction à contre-courant, il faut se pencher sur la petite personne que je suis (mais je vais vous épargner les détails, et en plus cela ne vous regarde absolument pas ! Et toc !)

Explications donc :

- Tout d'abord, je suis issue des études japonaises. J'y ai passé pas mal d'années. Alors, quand je vois un roman ou une bd à tendances japonisantes, ça me fait toujours grincer des dents. J'ai un vilain a priori dont j'ai beaucoup de mal à me départir (mais j'y travaille et j'ai fait de gros efforts pour cette lecture). 

- Toujours dans le même ordre d'idées, je comprends cette envie d'utiliser plusieurs langues, tout ça. Mais qu'est-ce qu'on fait des lecteurs qui ne parlent que le français (si, si, il y en a encore). Ceci dit, Morgan donne souvent des "traductions" quelques lignes plus loin. Je pense que tout en français cela aurait très bien fonctionné sans perdre le côté "exotique". Mais bon, après tout, c'est son monde et elle en fait bien ce qu'elle en veut. 

- Les fées et autres créatures magiques. Bon, comment dire ? En fait, je n'y connais pas grand chose et je ne peux que remercier Morgan d'avoir éclairé ma lanterne en la matière ! Je ne connaissais (dans la littérature) que les fées selon Terry Pratchett et comment dire...sont pas vraiment semblables. Néanmoins, elles ne m'ont pas fait rêver. J'ai beaucoup aimé leur personnalité, mais le côté féerique ne m'a pas réellement touchée (sûrement encore une déformation de mon esprit). Puis, les pauvres, oppressées (opprimées c'est mieux les amis, opressée c'est ma poitrine avec ce rhume tropical) comme elles le sont... Peut-être encore un peu trop humaines pour moi. Ou alors, c'est les couleurs...En fait, je ne sais pas...(quel argumentaire ! ) Subjectif tout ça. 

- Le point le plus important et qui explique pourquoi je n'apprécie que moyennement ce roman : les idées véhiculées. Il faut que je m'achète un bouclier pour me protéger des jets de pierres que je sens venir de la part des autres lecteurs. Vous pourrez venir me lyncher dans les commentaires et me dire pourquoi je n'y comprends rien et combien je suis injuste. Alors, bien que je partage complètement les idées chères au coeur de notre auteure: la liberté en général (à travers la quête d'une femme-objet ), l'amour en dehors de toute question de genre et de race, l'amour sous toutes ses formes, libéré des contraintes...je trouve cela un peu trop naïf. Alors, ça fait peut-être rêver certains lecteurs ou même les pousse à se remettre en question (y'a du souci à se faire), je ne sais pas, mais pour moi, ça ne fonctionne pas. Et, finalement, ce ne sont pas tellement les idées véhiculées, mais peut-être la manière dont elles le sont. Pourtant, ce roman est violent. Il n'est pas tout beau tout rose, loin de là. Soit le personnage de Yuri se transforme un peu trop rapidement à mon goût (le second volume nous le dira), soit les phrases (antisexistes) mises dans la bouche des fées m'ont un peu déçue. Ce qui est de mon point de vue plus important à démontrer ( et quelques indices me font penser que l'auteur va dans ce sens) serait peut-être comment, sans bien s'en rendre compte (par manque d'imagination, d'empathie, de temps ou je ne sais quoi encore) on peut réifier une personne, l'accabler d'une étiquette, d'un devoir (arbitraire) avec les meilleures intention du monde, tout en oubliant que la vie de cette personne lui appartient totalement, à elle et à elle seule. Mais on pourrait lancer des débats interminables sur le concept même de liberté, sur l'égalité, l'amour et tout le reste sans parvenir au moindre consensus sur la définition à donner à ces jolis idées. Peut-être qu'avec plus de subtilité et une bonne dose d'humour noir, j'aurais trouvé mon bonheur. Cela dit, la fin épique de ce premier volume (frustrante sur bien des aspects) me laisse espérer des heures noires pour la petite Yuri dont je pourrai me délecter. 

Voilà pour l'humble avis que je souhaitais partager avec vous. Même si je n'ai pas été renversée par l'enthousiasme délirant qui entoure ce roman, je salue la performance littéraire de Morgan. J'aimerais bien voir ce qu'elle pourrait produire dans un genre littéraire complètement différent. Je lirai probablement le second tome, par curiosité, et peut-être les autres (je ne sais pas combien sont prévus) si l'histoire gagne en complexité. Je recommande aussi cet ouvrage à toute personne qui a envie d'apprendre (très intéressant à autopsier !).

J'espère que l'auteure ne sera pas blessée par ce billet qui, finalement, est très positif et je lui souhaite une très bonne continuation dans ses activités littéraires et musicales (ça vaut le détour).