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L'Homme sans nez de Ninon Maréchale

L’Homme sans nez de Ninon Maréchale

Bonjour ami lecteur…

Vive l’automne ! Vive les châtaignes ! Vive les potimarrons et vive les Jack-o'-lantern. J’en ai sculpté une il y quelques jours de cela, j’étais bien trop pressée, incapable d’attendre, mais ma jolie et diabolique citrouille est déjà toute rabougrie. C’est bien dommage, mais avec cette humidité, ce n’est pas vraiment étonnant.

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Aujourd’hui, nous allons nous pencher sur L’Homme sans nez de Ninon Maréchale. Une lecture fort sympathique. Vous trouverez l’ouvrage en vente sur le site d'amazon pour 2€99 au format ebook, et 9€90 au format broché (pour les derniers récalcitrants incapables de se séparer du papier) : cliquez ici. Pour les personnes peu aventureuses, vous pouvez lire le roman sur monbestseller.com, gratuitement (petite rectification : vous pouvez lire un extrait du roman). Je vous invite à acheter l'ouvrage si celui-ci vous plaît et à laisser un commentaire!!! Oui, les petits amis, les auteurs indépendants ont besoin de soutien (sous toutes ses formes)! Ne soyez pas avares!

Alors, entrons dans le vif du sujet. Comme d'habitude, quand je lis quelque chose de plutôt pas mal, je deviens moins bavarde. La critique se complique mais heureusement pour nous, enfin pour vous (sinon il vous suffirait de vous contenter des commentaires clients, qui ne sont pas toujours argumentés), cette histoire n'est pas parfaite (à mon sens). Il y a quelques défauts par-ci, par-là. Toutefois, je vous recommande l'ouvrage, parce que malgré ses défauts, notre auteure a un sacré potentiel! 

L'ouvrage s'ouvre par une scène relativement intrigante. Melville (le personnage central) se réveille un matin, et quelque chose le tracasse... Quelque chose d'indéfinissable. Son corps lui envoie des signes d'alerte, il a changé; il y a comme une fêlure dans le marbre de son quotidien. Melville prend alors conscience qu'il a perdu l'odorat; il ne sent plus l'odeur si particulière à son coeur: celle de sa femme.

Bah, moi, en lisant le titre, je m'étais dit que ce serait vraiment surprenant de lire un livre portant sur un homme dépourvu de nez, sans l'appendice quoi (dans le genre un peu gore). Vous voyez ce que je veux dire? Oui, il m'arrive d'avoir des idées saugrenues...Ne m'en tenez pas rigueur. En voyant la couverture de l'ouvrage, nous nous rendons bien compte que nous avons affaire à un roman plus classique, de type psychologique.

Le roman est écrit à la première personne; l'auteure a décidé de nous plonger dans le quotidien de Melville dont la vie a basculé, mais notre héros est un peu "lent à la détente" (raison pour laquelle il n'en prend conscience que très très lentement). Pourquoi a-t-il perdu l'odorat? Voilà la grande question. Malheureusement pour moi, j'avais anticipé la fin dès les premières lignes...Ce qui est un peu dommage, à mon sens. Parfois, le suspens ça a du bon...Toutefois, je me suis mise à douter en cours de lecture, espérant, en mon for intérieur, avoir eu tout faux...Mais non. Je pense que l'auteure nous donne des indices un peu trop évidents. Certaines choses auraient pu être simplement suggérées, un peu moins pointées du doigt. Mais, finalement, dans un roman psychologique, ce qui importe le plus, bah, c'est la psychologie des personnages, non? Et là, pour le coup, nous pénétrons assez profondément dans les pensées de Melville. 

Les personnages...Melville, comment dire...Moi, je ne l'aime pas! Ceci dit, j'aime rarement les personnages des romans que je lis et j'en crée moi-même des abominables...Il n'est pas mal écrit, ni peu réaliste; le problème n'est pas là...Mais, comme il me semble aux antipodes de ma personnalité, je l'ai regardé avec un oeil accusateur tout du long. C'est un homme qui, au premier abord, peut sembler touchant: l'amour débordant qu'il éprouve pour sa femme, les attentions, les marques d'affection...Avec ces descriptions, je me suis dit que le roman était bien écrit par une femme (je ne suis pas romantique pour deux sous, mais des hommes comme ça, 'doit bien y en avoir, hein! C'est juste que je ne les connais pas). Petite digression: pour tout vous dire (même si vous vous en moquez) mon mari est une crème (quand il y pense) et très franchement, malgré ses efforts, il est plutôt du genre "essoreuse à salade" (vous comprendrez en lisant le roman). D'ailleurs, Ninon, j'ai bien ri! Tout le processus psychologique autour de cette essoreuse à salade a été admirablement mené et était tordant. Pour en revenir à Melville, (laissons de côté mon époux qui doit avoir les oreilles qui sifflent), c'est un personnage qui me semble un peu faible. Il est extrêmement angoissé, un peu fuyard sur les bords, c'est quelqu'un qui n'ose pas. Il faut lui donner un peu d'élan. D'ailleurs, je n'ai pas compris comment un homme aussi peu sûr de lui pouvait être marié à une femme qui semble presque castratrice. D'un côté nous avons le sentiment que Melville ne vit que pour elle, et de l'autre côté nous avons cette femme forte, froide, que je trouve soit dure, soit indifférente. Je trouvais que ça manquait un peu de cohérence, mais pourquoi pas, les opposés s'attirent...D'un point de vue plus global, si on observe la relation des deux personnages sur tout le roman, leur relation n'est pas si incohérente qu'il n'y paraît, mais peut-être que le fait que l'auteure nous plonge directement dans un moment de rupture, ou d'après rupture, a quelque chose de déstabilisant...Oui, nous sommes mal à l'aise en lisant ce roman. Nous sentons la lente désagrégation de Melville. Les personnages secondaires sont bien traités dans l'ensemble et semblent psychologiquement bien plus facile d'accès que sa femme. 

Melville a perdu l'odorat. Il souffre d'anosmie (Merci Ninon, je ne connaissais pas ce mot. Pas franchement facile à prononcer. Essayez chez vous! Moi j'ai eu l'air ridicule un moment). Assez rapidement, son médecin soupçonne une origine psychologique. Melville doit donc consulter un psychiatre: le docteur Poulhain. Mais quelle honte pour un homme qui attache autant d'importance au regard d'autrui! Vous imaginez l'effort. Bref, notre Melville suit plusieurs pistes qui pourraient expliquer son mal, des plus évidentes aux moins évidentes (selon son processus psychologique). On passe donc par le travail, par la famille etc. Je vais pas tout vous énumérer, je ne voudrais pas gâcher la fin à ceux qui ne la voient pas venir. Le passage sur le monde du travail est bien traité, c'est fluide. Son patron est exécrable comme il faut. Nous sentons la tension, le dégoût, un sentiment d'impuissance et d'oppression. J'ai eu l'impression que ce livre nous parlait des tortionnaires du quotidien, de l'indifférence de nos proches, et des bouffées lumineuses et pleines de vie de certaines rencontrent faites au hasard. Moi je lui aurais plutôt donné le titre L'Odeur des sentiments, mais comme je n'ai pas écrit le roman...

A chaque nouvel échec, Melville semble un peu plus se voiler la face, comme s'il avait peur d'affronter l'évidence...Il tombe toujours un peu plus bas, jusqu'au moment ou une nouvelle touche de couleur anime la grisaille de sa vie. Et alors là, chemin inverse. Pourquoi sent-il quelque chose à nouveau? Et pourquoi cette odeur en particulier? Le processus de guérison est assez intéressant. Globalement, au niveau de la structure du scénario, j'ai trouvé l'ouvrage cohérent. Les premiers chapitres nous plongent dans l'ambiance, le problème est posé d'emblée, diverses pistes s'offrent à nous, le récit est ponctué de petits indices (trop évidents pour moi mais peut-être pas pour vous), puis la solution (surprenante ou non) est toute autre. Nous avons en prime un peu d'humour, un jeu de miroir avec le voisin... Non, vraiment, Ninon Maréchale n'est pas mauvaise du tout. Toutefois, le récit souffre de quelques lourdeurs. Certaines descriptions auraient pu être écourtées, certains passages ne me semblent pas vraiment utiles à l'histoire ou à l'ambiance...Melville boit beaucoup trop de café!

Je me suis dit, en cours de lecture, que le roman se lirait bien par une chaude journée d'été, vous savez quand la mollesse alourdit votre corps, ou alors, avant de dormir, dans le lit avec un bon chocolat chaud...Ce n'est pas un roman d'aventures, vous n'êtes pas lancés dans les montagnes russes des émotions. Pour moi c'est un bon roman d'ambiance. 

Dernier détail et pas des moindres, la forme. Ninon Maréchale écrit admirablement bien! Avant de lire son roman, j'avais lu du Maupassant. Si son roman avait été mal écrit, j'aurais probablement fait une chronique affreuse (moi impartiale et objective, jamais! Mais quelle idée...)Je suis admirative (j'aime bien insister) devant la simplicité de son écriture. C'est vraiment pas facile d'écrire comme elle le fait. Il n'y a pas de superflu, ça coule tout seul, tellement fluide que le moindre petit défaut vous saute aux yeux. Un très grand bravo! Je ne sais pas depuis combien de temps Ninon écrit mais elle peut être fière d'écrire aussi simplement. Nous comprenons aisément pourquoi elle reçoit autant de commentaires positifs. 

Je vous recommande donc chaudement cet ouvrage et vous invite à le partager avec votre entourage!